Faire taire les armes par l’inclusion des femmes et des jeunes dans la recherche agricole pour le développement (AR4D)

Un article de Karen Munoko

Le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA) encourage l’adoption systématique des solutions scientifiques préconisées pour faire face aux défis posés par l’insécurité alimentaire en Afrique en faisant la promotion d’une mutation profonde de la société. À cet égard, il est important de remédier au chômage des jeunes qui pose un important risque de sécurité en Afrique. Malheureusement, les jeunes Africains sont les acteurs clés dans les conflits alors que chaque année le continent importe près de 50 milliards de dollars de nourriture bien qu’il compte 60% des terres arables du monde. (Michael, 2019)[1] Toutefois, le nombre croissant de jeunes en Afrique présente autant de difficultés qu’il offre de possibilités de croissance du secteur agricole ce qui nécessite de rediriger l’énergie de la jeunesse du continent [2], pour impulser la transformation économique qui s’appuie sur la recherche agricole pour le développement (RAD).

En Afrique subsaharienne, 80% des exploitations agricoles sont de petite taille et produisent différentes cultures vivrières et quelques cultures de rente sur de petites parcelles de terre. La main d’œuvre familiale est en grande partie utilisée et les femmes jouent un rôle vital. Pour assurer la rentabilité des investissements, les priorités devraient cibler l’appui aux petits agriculteurs en particulier dans les zones rurales étant donné que 60% des jeunes Africains vivent en milieu rural. (BBC, 2019)[3] La communauté de développement, l’administration publique et les partenaires du secteur privé  doivent prendre des mesures concrètes pour créer les conditions propices et adopter les bonnes politiques pour  accélérer ce processus.

Il faut non seulement revoir les politiques mais également veiller à les appliquer à tous les niveaux de la société.  Il s’agit notamment de déployer des efforts concertés pour mieux comprendre les obstacles que constituent les compétences, l’accès aux ressources, les pouvoirs de décision, les normes discriminatoires, les obligations de prise en charge, les questions de sécurité, etc. et qui souvent entravent la mise en œuvre des politiques. Les rôles et les priorités des femmes et des jeunes, qui constituent les groupes marginalisés de la société, sont importants. Ces groupes doivent par conséquent être inclus de manière significative dans la recherche. Par exemple, il faudrait proposer des options relatives à la garde d’enfants, des horaires de travail flexibles et la proximité au lieu de résidence lorsque l’on cible les (jeunes) femmes et appliquer des mesures de discrimination positive pour assurer l’intégration des femmes et des jeunes. Il est absolument vital d’investir dans le renforcement des capacités et l’entrepreneuriat agricole en vue de l’inclusion des femmes et des jeunes puisque des études ont révélé que si les femmes bénéficiaient du même accès que les hommes aux ressources agricoles, environ 150 millions personnes de moins souffriraient de la faim.

La protection sociale est également importante pour faire face aux risques économiques et sociaux. Pourtant, les femmes et les jeunes ont souvent des difficultés d’accès ou sont exclus de la protection sociale et de la sécurité sociale. Les mesures suivantes ont été proposées aux praticiens de l’AR4D : 1) encourager les autorités nationales à s’engager à améliorer et à investir dans la collecte, la diffusion et l’analyse des données relatives aux jeunes et aux femmes ventilées par âge, sexe, éducation, compétences, aptitudes, emploi, situation professionnelle, niveau de compétence et pays d’origine, 2) renforcer la capacité des autorités nationales à appliquer les données en tenant compte des spécificités liées à l’âge et en adoptant des approches axées sur l’équité pour les jeunes dans l’agriculture et le développement, 3) promouvoir les investissements dans la science, la technologie et les innovations (STI) en vue de créer les conditions favorables à la viabilité et à la durabilité des investissements en milieu rural, et 4) faciliter l’accès des jeunes hommes et femmes du continent, œuvrant  dans le domaine de la recherche agricole pour le développement, à l’éducation, à l’apprentissage, au financement et aux possibilités commerciales et d’emploi et leur donner les moyens d’aider leurs pairs.

Sur le plan pratique, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) offre la possibilité de renforcer la participation des jeunes et des femmes aux entreprises agroalimentaires. En Afrique, les femmes représentent 70% de la main d’œuvre agricole et 10% de la main d’œuvre dans l’industrie alimentaire. Elles effectuent également 60 à 90% des activités de commercialisation en milieu rural principalement par le biais de circuits informels. Selon une analyse du projet GrowAfrica, qui célébrait en 2018 le succès des femmes en agrobusiness, la capacité des femmes à organiser et à mobiliser tout en prenant en charge leurs propres problématiques leur permet d’obtenir le soutien dont elles ont besoin pour faire croître leur volume d’affaires. Au moment où l’Afrique se prépare à faire taire les armes et à mettre fin aux conflits sur le continent, il convient de prendre des dispositions audacieuses en matière de politique et d’investissement pour améliorer la sécurité alimentaire et renforcer la masse critique de jeunes et de femmes en vue de leur permettre de participer avec succès et durablement à l’AR4D.

[1] Michael, D. I. (4 septembre 2019). African women in agribusiness (Business). Extrait de Africa News: 

[2] Fondé sur les discussions qui se tiennent dans le cadre du 33e sommet de l’Union africaine ayant pour thème « faire taire les armes »

[3] BBC. (26 mars 2019). African migration: Five things we’ve learnt (Migration africaine : cinq choses que nous avons apprises). Extrait de www.bbc.com

Confronting the Desert Locust Outbreak: Strengthening Africa’s Foresight Strategies for Mitigating Biological Menaces

The threat to food and nutrition security in Africa has increased with the reemergence of desert locust (Schistocerca gregaria) in Eastern Africa at a scale not seen in the last 7 decades. “In the Horn of Africa, the worst affected area, there is an unprecedented threat to food security and livelihoods as swarms increase in Ethiopia and Somalia and continue to move south to Kenya where they have spread to 14 northern, central and southwest counties, reaching within 200 km of northeast Uganda and southeast South Sudan.”   Ground and aerial control operations are ongoing in the affected countries, including Oman, Saudi Arabia and to a lesser extent Yemen.

Triggered by changing climate, the locusts have been breeding in large numbers and projection indicates that the threat will persist especially due to newly introduced varieties of crops. With swarms advancing across the region, active oviposition portends significant danger with the development of hopper bands and subsequent emergence of even higher number of swarms in the coming days and weeks and if left unchecked, could grow 500-fold by June (Nature 2020).

In a continent that is already slammed with the heavy toll of climate change, largely desertification and water-stress scenarios, the ravaging menace of anything vegetative by the desert locust scourge is the least Africa needs today. The implications for food and nutrition security in the medium to long term will be colossal.

As the custodian of agricultural research for development in Africa, the Forum for Agricultural Research in Africa (FARA) the current onslaught by the gregarious locusts calls for concerted and coherent efforts to leverage science and technology to address this problem.

Earlier in December 2019, the Desert Locust Control Organization for Eastern Africa (DLCO-EA) had warned of the presence of immature and mature swarms around northwest Somalia and eastern Ethiopia (1109N/4242E and 1147N/4242E). However, the eventual outbreak in the region and beyond underscores the need for strengthening Africa’s capacity for the development of anticipatory strategies of containing and mitigating biological menaces.

FARA calls for stronger institutional alignment among key stakeholders in this respect, by leveraging science and technology to confront the biological menace and strengthen the ecosystem for developing joint response mechanisms to emerging technology and innovation issues, including threats by desert locusts.

 

Watch video: The Desert Locust invasion: implications for food and nutrition security in Africa

Further reading

DLCO-EA

FAO

Lutte contre les criquets pèlerins : Renforcer les stratégies de prévoyance de l’Afrique visant à réduire les menaces biologiques

L’invasion de criquets pèlerins (Schistocerca gregaria) en Afrique de l’Est, d’une ampleur jamais vue depuis 70 ans, menace la sécurité alimentaire et la nutrition en Afrique. Dans la Corne de l’Afrique, zone la plus touchée, les criquets représentent une menace sans précédent pour la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance. Les essaims ont augmenté en Éthiopie et en Somalie, et poursuivent leur déplacement vers le sud en direction du Kenya où ils se sont répandus à travers 14 comtés du nord, du centre et du sud-ouest du pays, atteignant des zones situées à 200 km du nord-est de l’Ouganda et du sud-est du Soudan du Sud.   Des opérations de lutte terrestre et aérienne sont en cours dans les pays touchés parmi lesquels figurent l’Oman, l’Arabie Saoudite et, dans une moindre mesure, le Yémen.

En raison des changements climatiques, les criquets se multiplient rapidement et il ressort des projections que la menace va persister en raison notamment de l’introduction de nouvelles variétés de cultures. Les essaims se déplaçant dans la région, l’oviposition laisse présager le développement de bandes larvaires et l’apparition d’un plus grand nombre d’essaims dans les jours et semaines à venir. Et si aucune mesure n’est prise, le nombre de criquets pourrait être multiplié par 500 d’ici le mois de juin (Nature).

Sur un continent qui paie déjà un lourd tribut aux changements climatiques, qui se manifestent par l’expansion de la désertification et l’augmentation des situations de stress hydrique, l’invasion des criquets pèlerins exacerbera les problèmes. Cela aura de graves conséquences sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle à moyen et long terme.

L’Organisation pour la lutte contre le criquet pèlerin en Afrique de l’Est (DLCO-EA) avait en décembre 2019 signalé la présence d’essaims immatures et matures dans le nord-ouest de la Somalie et l’est de l’Ethiopie (1109N/4242E et 1147N/4242E). Toutefois, l’apparition des criquets pèlerins dans la région et au-delà, souligne la nécessité de renforcer la capacité de l’Afrique à élaborer des stratégies anticipatives pour contenir et réduire les menaces biologiques.

À cet égard, le FARA en tant que dépositaire de la recherche agricole pour le développement en Afrique préconise une plus grande harmonisation institutionnelle des principales parties prenantes en vue de tirer parti des connaissances scientifiques et technologiques pour faire face à cette menace biologique.

 

Regarder la vidéo : youtube

Lectures complémentaires

DLCO-EA

FAO

Nature

Le Commissaire chargé de l’agriculture, de l’environnement et des ressources en eau à la CEDEAO s’engage à appuyer le programme ARIFA

Cap vert, le 17 janvier 2020

  1. Sékou SANGARÉ, Commissaire chargé de l’agriculture, de l’environnement et des ressources en eau à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a promis son soutien au programme de Bourse de recherche et d’innovation en agriculture pour l’Afrique (ARIFA) du FARA dont l’annonce est prévue dans le courant de l’année.

Le Directeur exécutif du FARA, Dr Yemi Akinbamijo a, en marge de la réunion du Conseil d’administration du CORAF, discuté avec le Commissaire Sangaré de l’importance du déploiement de la science en vue de propulser l’agriculture africaine qui est au cœur de l’initiative ARIFA. Il a indiqué qu’il serait difficile pour l’Afrique d’assurer sa sécurité alimentaire et nutritionnelle sans avoir recours à la science. Il a en outre expliqué la genèse de l’ARIFA qui relève du Programme d’autonomisation globale en vue de l’amélioration des moyens d’existence (HELP), une autre initiative phare du FARA.

Le Commissaire Sangaré a été très réceptif à cette initiative. Il a indiqué que le FARA pouvait compter sur son appui pour le renforcement des capacités des citoyens de l’espace CEDEAO dans le domaine de la recherche agricole et de l’innovation.

Le Dr Akinbamijo a expliqué que le FARA, dans le cadre du programme HELP, mettait en œuvre le programme de Bourse de recherche et d’innovation en agriculture pour l’Afrique qui vise à former une nouvelle génération de travailleurs aptes à réformer le secteur de l’agroalimentaire africain en vue de constituer le facteur de changement pour une transformation rapide de l’agriculture au cours des dix prochaines années.   Le programme ARIFA facilitera l’entrée régulière de groupes de diplômés et d’entrepreneurs agricoles dans les systèmes d’innovation à travers des plateformes d’innovation et des itinéraires d’apprentissage situés dans et autour des institutions, universités, collèges techniques, communautés rurales et entreprises privées d’Afrique.

La réunion a été précédée d’une visite de terrain qui a permis aux participants de se rendre compte de première main des défis physiques et environnementaux auxquels est actuellement confronté le secteur agricole en République du Cap Vert. La visite de terrait effectuée à l’initiative du Directeur de l’Institut national de recherche pour le développement agricole (INIDA) du Cap Vert a commencé par un passage à la station de recherche Sao Felippe. Les travaux menés à la station portent essentiellement sur la culture hydroponique comme système de production horticole étant donné que le pays connaît de longs épisodes de sécheresse. La mission a également pu se rendre compte de première main des divers mécanismes de lutte contre la chenille légionnaire d’automne et d’adaptation à la sécheresse et au terrain rocailleux qui entrave l’utilisation des machines agricoles.

 

Regarder la vidéo du programme ARIFA sur www.fara.org/arifa

ECOWAS Commissioner for Agriculture, Rural Economy and Environment Pledges Support for ARIFA

17th January 2020, Cape Verde.

Hon. Sekou SANGARE, the Commissioner for Agriculture, Rural Economy and Environment of the Economic Community of West African States, has pledged his commitment to FARA’s Agricultural Research and Innovation Fellowship for Africa (ARIFA), ahead of its announcement later this year.

On the margins of the governing council meeting of CORAF, the Executive Director of FARA, Dr Yemi Akinbamijo discussed with Commissioner Sangare, the essence of the deployment of science to propel Africa’s agriculture, which is at the heart of the ARIFA initiative, indicating that it would be difficult for Africa to be food and nutrition secure without the deployment of science in Africa’s agriculture. He also explained the genesis of ARIFA which comes under another FARA flagship initiative, the Holistic Empowerment for Livelihoods Program (HELP).

Commissioner Sangare has been extremely receptive of the initiative and has indicated that FARA could count on him and his support for the capacity development of ECOWAS citizens in the area of agricultural research and innovation.

Dr Yemi Akinbamijo explained that under HELP, FARA is implementing the Agricultural Research and Innovation Fellowship for Africa, which aims to produce a new generation of fit-for-purpose workforce to re-engineer the African agri-food sector to provide the change factor for rapid agricultural transformation in the next 10 years.   ARIFA will facilitate regular entry of cohorts of graduates and agri-preneurs into the innovation systems apparel of FARA through Innovation Platforms (IP) and rural learning routes located in and around African institutions, universities, technical colleges and rural communities.

The meeting was preceded by a field trip that allowed the participants to have a first-hand appreciation of the physical environmental challenges confronting the agricultural sector of the Republic of Cape Verde. The field trip was at the instance of the Director for Agricultural Research Institute of Cape Verde (INIDA) with a first visit to the Sao Felippe Research station. The work at the research station is principally focused on hydroponics as a major production system for horticulture since the country experiences long spans of drought. The mission was also able to appreciate firsthand the diverse coping mechanisms with drought, FAW and rocky terrain that hamper the use of farm machines.

View ARIFA video on www.faraafrica.org/arifa/